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LES LAVOIRS

LES DIFFERENTS TYPES DE LAVOIRS :
Ce que nos Anciens appelaient les «fontaines» sont en fait des lavoirs. En effet, si ces bâtisses permettaient aux habitants de s’approvisionner en eau pour leurs besoins domestiques à une époque où le réseau de distribution n’existait encore pas, elles permettaient surtout de laver le linge pour toute la famille.
LES LAVOIRS PEUVENT ETRE CLASSES EN DEUX CATEGORIES
- lavoirs construits en voûte en dehors du village :
La voûte existe dans le cas où l’on doit aller chercher la source sur le flanc de la colline. Cette voûte est construite en appui sur la pente, comme à Nohan ou à la fontaine de la roche. Dans ce dernier cas, l’eau de la source est recueillie dans deux saignées taillées autrefois dans le roc à coups de burin.
La grande voûte, tout comme celle des caves anciennes, est formée au moyen d’un coffrage en bois sur lequel on a placé de champ les moellons en schiste de la carrière voisine. Des renforcements sont prévus dans les murs de côté pour permettre aux lavandières de déposer leur hotte ou leur panier à linge.
2)lavoirs construits dans le village :
La voûte à disparu, et les murs droits sont maçonnés en dalles de schiste. Le lavoir est fermé par une porte, et éclairé par une ou deux fenêtres(comme à Naux, à Navaux ou aux Vieux Moulins).
Globalement,l’ensemble des lavoirs ardennais pourrait être classé ainsi :
-selon l’alimentation en eau : eau de ruissellement, nappe phréatique, rivière, mare, étang, impluvium ou eau du réseau
-selon la technique de lavage : debout ou à genoux
-selon le type de goulette : au dessus du bac ou «noyée»
-selon l’architecture : lavoir-voûte, ou lavoir cathédrale avec charpente chevillée en bois.
A Thilay, on note la présence de nombreux lavoirs :
LA ROCHE

Fontaine
PASTEUR

Fontaine de NABRUAY
Fontaine de WACHELOT
La NEUVE Fontaine

Les sources étant abondantes, chacun des hameaux possède également son propre lavoir : Vieux-Moulins , Six-Chainons, Naux, Navaux, Nohan, Dauphinée(aujourd’hui en ruines), et même «Famont» au Champ Bernard.

La plupart de ces lavoirs sont construits à flanc de colline. Ils comportent deux bassins bordés de plans inclinés en chêne, en pierre ou en béton. On y lave à genoux, et à l’arrivée d’eau de source est «noyée».

L’eau qui rend fou :
A Thilay, l’eau de la fontaine de la roche faisait office d’"eau minérale" chez nos Anciens.
A Navaux , Mr Delaite utilise encore de nos jours l’eau très fraîche de la fontaine pour «refroidir» son beurre de ferme

A Naux, par contre,L es Anciens vous diront que l’eau de la fontaine rendait fou celui qui en buvait…Que chacun se rassure, ce «bruit» était autrefois répandu par les parents du hameau pour dissuader leurs enfants de consommer une eau glacée.
LA LESSIVE D’AUTREFOIS :
La maîtresse de maison lavait son linge aidée d’autres personnes. Elle pouvait aussi le faire laver par la lavandière. Etre lavandière était un métier.
Jusqu’à la fin du 19eme siècle,époque à laquelle n’existaient ni savon, ni lessive, la femme lavait à la cendre. C’était l’événement de l’année. Cela se passait le plus souvent au printemps.
Il fallait bien plusieurs jours pour laver les quelques dizaines de draps, serviettes, torchons qui constituaient le linge de maison, et d’autres linges qu’on appelait sur le massif «la relaverie» ou "le petit linge ".
Chaque tournée était préalablement mise à tremper un jour et une nuit à la maison ou au lavoir ; pendant ce temps, le feu était allumé dans la cheminée, et l’on triait les cendres les plus blanches ne provenant ni du hêtre, ni du chêne. Le jour suivant,la femme préparait son premier «cuveau»(sorte de grand tonneau d' un mètre de haut environ, avec au fond un trou pour l’évacuation).
Il semble que deux technique existaient pour le lavage à la cendre.
1). La belle cendre était répandue sur le linge entassé dans le «cuveau», et des seaux d’eau d’abord tiède puis de plus en plus chaude étaient versés sur le tout.
2).L’opération était la même, sauf qu’un sac de linge blanc contenant la cendre était posé au fond du «cuveau». On employait de la cendre de bois car elle contient de la potasse au pouvoir nettoyant.
Une fois le linge lavé, la femme le mettait dans une brouette ou dans sa hotte à linge tressée en coudrier, et s’acheminait vers le lavoir qui pouvait se situer quelquefois à plusieurs kilomètres de chez elle. Arrivée au lavoir, elle s’agenouillait sur son «lavau»(boîte à laver en bois), prenait sa «batte», et en battant, rinçait ainsi son linge.
En une journée,la maîtresse de maison pouvait «faire» plusieurs "cuveaux". Le linge était alors étendu dans la nature. Il parsemait de taches blanches et colorées les haies ou les prés.
Au début du 20ème siècle, on voit apparaître les cristaux de soude, les premières poudres à laver, les boules bleues, le savon, et après 1918 la lessiveuse à champignon. Cela devient plus facile de faire la lessive. On la fait plus souvent : une fois par mois, et puis une fois par semaine.
LES LAVANDIERES
Mais les conditions n’en restent pas moins difficiles,car il faut laver par tout les temps.
L’été, c’est agréable,et les femmes vont même laver à la Semoy ou dans les ruisseaux. Sur leur brouette, elles emmènent les paniers de linge superposés, le «lavou»(planche en bois munie de deux pattes à l’arrière pour constituer un plan incliné), la boîte à laver, la batte pour le linge, le savon de Marseille et la brosse en chiendent.
Dans la Semoy, les lavandières font le bonheur des pêcheurs, car l’eau savonneuse attire les poissons.

En 1934
Par contre, l’hiver est souvent un cauchemar, car il faut transporter le linge par le froid, sous la neige ou la pluie. Lorsque le sol est enneigé, il arrive que le mari pousse la brouette, alors que l’épouse tire à l’aide d’une corde. Rappelons que les lavoirs sont souvent construits à flanc de colline, comme par exemple à Nohan ou a la Roche.
Avant la guerre, certaines mères de famille de la rue de la motte montent même laver à la fontaine Pasteur ; à lui seul, le trajet est déjà épuisant.
Parfois, sur les côtés du bassin, l’eau, pourtant courante, commence à geler. Avant que les gants en caoutchouc n’existent, il faut lessiver et rincer à mains nues dans l’eau glacée. Que de mains gercées, que de genoux blessés et crevassés par l’eau et la boîte à laver ont eu nos aïeules.
Que d’échines courbées sous le poids des hottes ou des brouettes de linge !!!
En cas de fortes gerçures, le soir, on se frottait les mains, soit avec du saindoux , soit avec une couenne de lard. Pour limiter les effets du froid, on enroulait une brique tirée de l’âtre ou du four du poêle flamand, bien chaude, dans un chiffon, et on la posait entre son ventre et la boîte à laver. On ne ménageait pas l’ "huile de coude" , car il fallait savonner, brosser, battre et tordre le linge.
LES HABITUEES DU LAVOIR
Le lavage à la «fontaine» présentait plusieurs avantages par rapport au lavage à la Semoy : niveau constant, eau plus propre, rinçage plus facile, et bien sûr protection de la pluie et du vent.
Si l’on exclut les périodes de grand froid, il régnait dans les lavoirs une ambiance qui n’engendrait pas la monotonie, et les langues allaient bon train. Souvent, chaque femme avait son jour, son heure et sa préférence pour tel ou tel lavoir, soit à cause de l’endroit, soit à cause de la saison, le lavoir-voûte étant plus tempéré en hiver, soit à cause …. de la fréquentation.
La lessive était l’affaire des femmes , et les hommes n’apparaissaient que rarement pour aider à porter la lessiveuse bouillante.
Quand aux enfants qui accompagnaient leur mère à la fontaine, il s’attiraient souvent les foudres des laveuses lorsqu’ils venaient puiser l’eau avec une vieille boîte pleine de terre.
Lorsque le lavoir comportait deux bassins , le « haut » servait à rincer le linge bouilli et rincé une première fois, d’où l’expression "mettre son linge à la buse".En dessous, c’était le linge qu’on décrassait (bleus,chaussettes, serpillères…)
CONCLUSION
Malgré les longues heures de travail pénible passées à genou dans la boîte à laver, le rire et la gaieté étaient de mise. Plus d’une femme n’aurait voulu manquer son tour de lessive pour rien au monde, car les lavoirs étaient le lieu privilégié des commérages.
«On va aller laver une pougnie, on sarait des nouvelles». Le plaisir était vif également de voir une lessive bien propre flotter sur l’eau limpide du bac de rinçage. Déjà à cette époque, chaque lavandière mettait un point d’honneur à laver «plus blanc» que ses voisines.
De nos jours, chaque famille ou presque possède sa machine à laver, et seules subsistent quelques "habituées" qui se rendent à la «fontaine» pour y rincer la lessive, ou pour y laver le linge délicat.
Depuis 1980, année du patrimoine, un gros effort a été fourni pour sauvegarder les lavoirs, reflets de la structure sociale d’un village, et il est à souhaiter que la restauration de ces témoins du passé se poursuive.
(tiré du bulletin municipal n°7 de1989)

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